rue Daniel Danjon

chrcan
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rue Daniel Danjon

Message non lu par chrcan » 17 mars 2018, 10:04

Une rue de la Grâce de Dieu porte son nom. Mais saviez-vous qui il était ?

Monsieur Daniel DANJON, Professeur honoraire à la Faculté de Droit de l'Université de Caen (droit commercial et droit maritime), Ancien directeur de l'institut Commercial, Administrateur de la Caisse d’Épargne de Caen, Conseiller municipal de Condé-sur-Seulles, Chevalier de la Légion d'honneur, est décédé le 7 Mars 1926, en son domicile, 10, place du Château (donc l'hôtel Callard de la Ducquerie), à l'âge de 77 ans.

Le Moniteur du Calvados, numéro du 09 mars 1926 nous livre cette nécrologie rédigée par Henry NEZARD, Doyen de la Faculté de Droit de Caen :
DANIEL DANJON
C'est encore une grande figure caennaise, une figure populaire, s'il en fut, qui disparaît.
Qui ne se souvient avoir rencontré, il y a peu de mois encore dans nos rues, un vieillard svelte et alerte, de haute stature, au profil accentué des Anglo-Saxons, le visage coloré encadré d'une belle barbe blanche, affable et souriant, le long bras droit porté fréquemment au chapeau pour répondre aux saluts qui, sur son passage, lui étaient prodigués ? Serviable pour tous, il ne refusait jamais ni ses conseils, ni ses bons offices. Sa bonté était légendaire. Une unanime sympathie l'entourait : dans le concert des jugements portés sur lui, aucune voix discordante.
Le deuil de la ville qui voit disparaître un bon citoyen est aussi le deuil de l'Université qui perd un professeur dévoué. Daniel Danjon, dont l'aspect physique décelait dans toute sa pureté l'origine Normande était né à Condé-sur-Seulles, en 1848. Il avait fait dans notre Faculté de Droit de belle études que couronna le succès au Concours d'Agrégation de 1874. Nommé agrégé à la Faculté de droit de Douai, il y enseigna le droit civil. Mais les Normands demeurent attachés à la terre natale. Danjon rentrait à la Faculté de Droit de Caen en 1880 et il devait y occuper la chaire de droit commercial. Étant donné l'importance des questions maritimes pour la région normande, convaincu des progrès que devait réaliser le port de Caen dans l'avenir, Danjon, suppléant à l'insuffisance des programmes officiels, ouvrit bénévolement un cours de droit maritime aussitôt fréquenté par les étudiants : il devait, en 1892, publier les résultats de son enseignement en des Éléments de droit commercial maritime, qui furent le premier livre classique sur cette branche du droit. L'initiative de notre collègue devait être bientôt sanctionnée par le Conseil supérieur de l'Instruction publique qui inscrivait le cours de droit maritime au nombre des matières d'examen de la licence en droit.
Son enseignement refléta très exactement les qualités de l'homme ; il négligeait volontiers l'art oratoire, proscrivait toute forme pompeuse et grandiloquente dans l'expression de sa pensée, mais il exposait simplement, dans des entretiens familiers, sans recherche et sans apprêt, les questions de droit les plus obscures. Il a ainsi formé de solides juristes qui, aujourd'hui encore, rappellent de leur prolesseur les expres-sions parfois populaires, mais qui fixaient aussi d'une manière indélébile des principes rigides dans la mémoire des auditeurs. À cet enseignement du droit maritime, Danjon s'était donné tout entier. Il en a traduit les résultats dans la publication de son Traité de droit maritime dont les six volumes ont consacré sa réputation universelle et ont valu à leur auteur les lauriers d'un prix de l'Institut.
Cet ouvrage, en effet, n'a pas seulement été hautement apprécié en France par les juristes et les praticiens, mais il a également eu des lecteurs dans le monde entier. Un universitaire de nos collègues, nous racontait hier que, de passage au Canada, à l'Université d'Ottawa, il eut la curiosité d'examiner les livres peuplant un rayon d'une salle de travail de la Faculté de Droit : il y trouva en belle place le Traité de droit maritime de Danjon. L'époque de cette publication fut, en effet, une date pour tous ceux qui s'intéressent au droit maritime. Dans un ouvrage classique paru il y a quelques années, un de nos collègues de Bordeaux écrivait : « L'évolution de la science du droit maritime ne s'est manifestée entablement qu'avec le Trait de Danjon... Ce traité dénote très sensiblement la caractéristique de la science actuelle du droit maritime : la prédominance des faits sur les textes vieillis... Ajoutons enfin que, par l'ampleur de ses développements, par l'analyse minutieuse de la doctrine et de la jurisprudence, l’œuvre de Danjon fait revivre les grands traités de de Valroger et de Desjardins ».
Les praticiens n'apprécient pas moins le Guide qui leur est proposé. Il y a quelques semaines, le directeur d'une de nos grandes compagnies de navigation répondait à une demande renseignements formulée par le collaborateur de M. Danjon : « Là Compagnie Générale Transatlantique est très heureuse de pouvoir apporter un très modeste concours à la réédition de l'ouvrage de M. Danjon, que je connais et apprécie particulièrement pour le pratiquer chaque jour ».
C'est qu'en effet, quelques années après sa parution en librairie, le « Traité de Droit maritime » fut épuisé. L'auteur en préparait une nouvelle édition. La maladie est venue lui interdire tout travail : il a dû confier à son successeur dans la chaire de droit commercial, le soin de continuer la publication nouvelle d'un ouvrage qui ne saurait disparaître.
Cet homme de bien, ce savant professeur, qui a passé quarante-cinq ans dans sa chaire, qui est demeuré trente ans assesseur du Doyen et pour lequel l'heure de la retraite a été le début d'une ère nouvelle de travail, n'a jamais recherché en dehors de la satisfaction morale du devoir accompli, la récompense de son labeur. La reconnaissance bien tardive des pouvoirs publics l'avait fait, il y a quelques années, chevalier de la Légion d'honneur. Mais il affectionnait, par contre, ses fonctions d'administrateur de la Caisse d’Épargne de Caen, celles d'administrateur de l'Office public d'Habitations à bon marché et son modeste siège au Conseil municipal de Condé-sur-Seulles dont il n'avait pas, voulu accepter la Mairie. L'intérêt qu'il portait aux humbles lui avait fait prendre en mains, dès sa fondation, la direction de l'Institut commercial de Normandie, qui fait bénéficier d'un enseignement supérieur les employés du commerce et de l'industrie.
Sa modestie s'est manifestée jusque dans sa mort, qu'il a voulu discrète : aucun discours ne sera prononcé à ses obsèques. Telle a été la carrière, toute de dévouement, de cet excellent homme, au-quel cependant la vie n'avait épargné aucune de ses rigueurs ; la mort tragique d'un fils sur lequel étaient fondées les plus belles espérances, le décès brutal d'un gendre dans la plénitude de ses forces n'avaient point altéré son naturel altruisme.

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